Diaporama | Urgence climatique dans les Balkans : le lac de Prespa s’assèche

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Partagé entre l’Albanie, la Grèce et la Macédoine du Nord, le lac de Prespa est à la fois victime et marqueur de réchauffement climatique. Depuis 50 ans, son niveau ne cesse de baisser et les conséquences sont déjà préoccupantes. Illustration en images.

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Texte et images : Pierre Duvert / Agence Hans Lucas

Au cœur des Balkans, à 850 m d’altitude et à cheval sur trois pays, l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Grèce, le lac de Prespa est le plus haut lac d’eau douce des Balkans. Formé il y a 2 à 5 millions d’années, son isolement a favorisé en son sein une biodiversité unique avec de nombreuses espèces animales et végétales endémiques. Les populations installées sur ses rives dépendent de son eau pour se nourrir et irriguer leurs cultures. C’est aussi devenu à la fin du XXe siècle un haut lieu touristique régional.

Or, le niveau du lac Prespa baisse depuis le milieu des années 1970, ce qui a déjà des répercutions sur son écosystème. Les précipitations et la fonte des neiges ne suffisent plus à l’alimenter suffisamment pour maintenir son équilibre. En 2007-2008, les eaux du lac avaient brutalement chuté de cinq mètres. Les trois pays riverains s’étaient alors mis d’accord pour une gestion mieux coordonnée, qui a permis de stabiliser la situation.

Or, la baisse a de nouveau tendance à s’accélérer et le lac affiche aujourd’hui un niveau moyen inférieur de trois mètres à celui de 2015. Cela serait dû au réchauffement climatique, qui augmente le stress hydrique, mais aussi à l’intensification de l’agriculture, avec des pompages qui ont augmenté pour l’irrigation des terres du fait des sécheresses récurrentes.

On a donc affaire à un cercle vicieux, dont les conséquences sont déjà préoccupantes pour l’équilibre écologique de la région, et qui risque encore de s’aggraver si rien ne change rapidement. Sans parler de la pollution de ses eaux du fait des activités humaines, qui favorise la prolifération des algues. Le lac de Prespa est pourtant classé Ramsar, c’est-à-dire qu’il est reconnu « zone humide d’importance internationale » et doit être protégé en conséquence.

Le Parc transfrontalier de Prespa a été créé en février 2000, pour mieux coordonner les actions des trois gouvernements dont dépend le lac. L’objectif : préserver cet écosystème fragile, unique et riche.

Une station de surveillance a ouvert en 2014 à Stenje, en Macédoine du Nord, à quelques centaines de mètres de la frontière avec l’Albanie. Sa mission : vérifier la qualité de l’eau. La municipalité dispose aussi d’un éco-bateau, qui prélève et analyse des échantillons tous les 15 jours.

À Asamati, en Macédoine du Nord, il faut désormais emprunter de long pontons pour rejoindre les eaux un peu plus profondes et moins boueuses. Long de 34 km et d’une superficie de 270 km², le lac de Prespa ne présente qu’une faible profondeur, d’au maximum 50 mètres, ce qui accroît sa vulnérabilité au réchauffement climatique.

De l’autre côté du lac, c’est la Grèce, et au bout de la plage, l’Albanie. À Stenje, en Macédoine du Nord, les infrastructures touristiques sont à l’abandon, car désormais inadaptées à la configuration des rives baignables du lac. La région voudrait s’ouvrir au tourisme international, pour valoriser un patrimoine naturel exceptionnel, mais les touristes lui préfèrent le fameux lac d’Ohrid, juste de l’autre côté du parc naturel de Galičica.

À 6 heures du matin, les pêcheurs du village albanais de Glloboçen ont déjà relevé leurs filets posés la veille et préparent le poisson qui sera revendu aux marchands et aux restaurants, souvent sans considération des frontières qui partagent le lac en trois. Si, pour le moment, les pêcheurs ne constatent pas vraiment de baisse de la quantité et de la variété de poissons du lac, ils ont tout de même mis collectivement en place des mesures destinées à préserver la reproduction des nombreuses espèces dont certaines sont endémiques du lac de Prespa.

Le petit port de Psarades, en Grèce, est envahi par les algues, conséquence de l’eutrophisation de l’eau du lac Prespa. Les commerces du petit village subissent la baisse du tourisme : les restaurants réputés pour leur délicieuses assiettes de poissons frais ne font plus guère le plein que durant la saison estivale, en juillet et en août.

À Psarádes, sur l’extrémité grecque du lac, les berges ont été profondément modifiées par la baisse du niveau des eaux. Le bétail peut aujourd’hui paître dans des terres autrefois recouvertes par les eaux.

Dans la partie grecque du lac, la culture intensive du fameux haricot blanc de Prespa joue un rôle non négligeable dans la baisse du niveau du lac du fait des pompages d’eau importants pour irriguer les champs.

Le petit village albanais de Glloboçen se situe à trois kilomètres de la frontière avec la Macédoine du Nord. Ici, la plupart des habitants appartiennent à la minorité macédonienne. Ici, comme partout autour du lac, les habitants utilisent les zones inondables du lac, très fertiles, pour l’agriculture. Notamment les cultures vivrières, ressources essentielles dans ces terres pauvres. Mais si le niveau des eaux ne peut plus remonter, la richesse de ces sols va vite s’épuiser.

Dans quelques semaines, le père de Nico quittera les rives du lac de Prespa et son village natal de Glloboçen, en Albanie pour reprendre la route de Düsseldorf, en Allemagne. Chaque année, celui-ci passe plusieurs mois chaque année loin de sa famille pour gagner le plus d’argent possible avant de revenir au pays. Autour du lac de Prespa, la population ne cesse de baisser : faute de perspective, les plus jeunes partent de cette région isolée, qu’ils soient albanais, grecs ou macédoniens.