La naissance du fascisme

Andrić est âgé de 28 ans lorsqu’il est nommé en 1920 à l ’ambassade du royaume des Serbes, des Croates et Slovènes auprès du Vatican. Cette nomination va lui permettre de vivre de l ’intérieur, en témoin « privilégié », l’atmosphère insurrectionnelle et le chaos qui règnent en Italie, puis la montée inexorable et violente de la réaction. Ce dont il rend parfaitement compte dans La Révolution fasciste qui paraît à Zagreb dès 1923.

Deux séjours ultérieurs en Italie le conforteront dans son appréhension du fascisme, et ses affectations à des postes plus ou moins éloignés de la péninsule italienne ne l ’empêcheront pas de suivre pas à pas l ’extension, l’expansion de la dictature mussolinienne et de ses épigones. Il les présentera au public dans six textes (dont certains signés du pseudonyme « Res ») parus entre décembre 1923 et mai 1926, le dernier délaissant l ’Italie du Duce pour la Bulgarie qui, alors, paraît s’engager lentement mais sûrement sur une voie qui non officiellement proclamée fasciste y ressemble à maints égards.

A la lecture de ces textes, tous inédits en français, le lecteur est frappé par la finesse et la justesse de l ’analyse proposée par Ivo Andrić. Quoique contemporains de la montée du fascisme, ces écrits semblent aujourd’hui nettement postérieurs, comme rédigés par un historien qui aurait bénéficié d ’un net recul dans le temps pour se pencher sur l ’avènement de ce monstre que fut le fascisme.

Complètent le présent recueil deux textes légèrement antérieurs, puisque datés de 1921 et 1922, Le Dernier Roman de F.F. Marinetti et Un livre de guerre de Gabriele d’Annunzio. Ils sont en quelque sorte le contrepoint des écrits plus politiques présentés ici et illustrent l ’autre domaine d ’activité du Andrić trentenaire : la critique littéraire qu’il mène en parallèle avec ses propres essais de création.

Préface de Jean-Arnault Dérens.

Ivo Andric, la Naissance du fascisme, traduction d’Alain Cappon, Paris, Non Lieu, 2012, 112 pages

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