Lundi 17 août 2015, la pop yougoslave perdait l’un de ses monstres sacrés, le Croate Arsen Dedić. Né en 1938 dans une famille pauvre de Šibenik, le jeune Arsen avait d’abord fait son droit avant d’oser se lancer dans la chanson. Sa longue carrière, commencée au début des années 1960, l’avait mené aux quatre coins de la Yougoslavie. Partout, sa voix de velours faisait frémir le public. Après l’implosion de la fédération, Arsen Dedić n’avait jamais renié son engagement socialiste, lui qui assurait avoir pu vivre de la chanson grâce à la politique égalitariste promue par Tito. En tout cas, jamais il n’avait cédé aux puissantes sirènes nationalistes croates - celles qui avaient pourtant séduit nombre de ses anciens amis. Plusieurs de ses succès sont aujourd’hui des classiques, O mladosti, Sve što znaš o meni ou Ne daj se Ines. Hommage.
Le Zbor, c’est d’abord un jeu de mots : l’article français « le » suivi de « zbor », qui signifie « chœur ». Prononcé à la croate, ça donne « lézbor », lesbienne. Formé en 2005, ce « premier chœur lesbien croate » est devenu une véritable sensation de la contre-culture des Balkans. Loin d’être sectaires, les quinze filles qui composent le groupe défendent les droits de toutes les minorités : homos, migrants, travailleurs, etc. Leur crédo : la relecture de chansons populaires en mode LGBT. À découvrir de toute urgence. Parce que Le Zbor, c’est bon pour la santé. Si si. (Et désolé pour ce mauvais jeu de mots, on n’a pas su résister...).
La scène punk yougoslave est née à la fin des années 1970, influencée par le mouvement tout juste apparu en Angleterre et aux États-Unis. C’est d’abord en Croatie et en Slovénie que le punk émerge, avec Pankrti (Ljubljana) et Paraf (Rijeka) qui se disputent le titre de premier groupe punk yougoslave. Rapidement, ce style s’impose à toute la République socialiste et dès le début des années 1980, la jeunesse urbaine vit au rythme de cette musique contestataire. La crise que subitalors le pays a sans doute favorisé l’émergence du mouvement punk yougoslave, et son engagement social qui se démarque du reste du mouvement mondial. Les textes sont critiques à l’égard de la société et de la classe politique, pacifistes et antinationalistes, sans toutefois omettre l’humour ou le sexe. Au moment de l’implosion de la Yougoslavie, les artistes punk seront nombreux à s’engager dans des actions contre la guerre et les propagandes nationalistes. Mais c’est une autre histoire. Balkanophonie résume en dix morceaux l’histoire du punk yougoslave entre 1977 et 1991.