Romans, récits, essais : des livres des Balkans pour accompagner votre été

Cet été, évadez-vous avec de la littérature balkanique ! Pour des après-midi sur la plage, ou des siestes sous les oliviers, retrouvez une sélection du Courrier des Balkans.

Origines, un roman de Saša Stanišic

Saša Stanišic est né en 1978 à Višegrad, en Yougoslavie. De ça, il en est sûr. C’est inscrit noir sur blanc sur son acte de naissance. Pourtant il n’y a pas vécu longtemps, puisqu’il a dû fuir pour l’Allemagne en 1991. Il atterrit alors avec sa famille à Heidelberg, où il devient « un réfugié » avec ce qu’il faut d’humiliations, de déracinement mais aussi d’amour. D’amour, puisque c’est grâce à la littérature allemande que Saša tombe amoureux des mots et qu’il deviendra écrivain. C’est dans cette langue allemande qui n’est pas la sienne, dans cette langue d’accueil qu’il choisit d’écrire. Mais alors quelles sont ses véritables origines ?

Dans ce texte pétri d’humour et de tendresse, Saša s’attache à répondre à cette question, en inspectant ses souvenirs à l’aide de sa grand-mère bien aimée, Oma Kristina. Il vagabonde dans sa mémoire pour tenter de se créer ses propres origines, celles qui lui ont un jour permis de déclarer à la rubrique « métier » du formulaire de demande de titre de séjour : « écrivain ».

  • Saša Stanišic, Origines, Stock, Paris, 2021, 414 pages, 23 euros
  • Prix : 23.00 €
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Au pays du raki. Le vin et l’alcool de l’Empire Ottoman à la Turquie d’Erdoğan, un essai de François Georgeon

On croit souvent qu’en terre d’islam, l’alcool se serait heurté au mur infranchissable de l’interdit religieux. Comme si le Coran – qui prohibe le vin ici-bas, mais le promet dans l’au-delà – avait réglé la question une fois pour toutes. Comment comprendre, alors, la promotion du raki, dont la production est attestée dès le XVIe siècle, au rang de « boisson nationale » dans la Turquie moderne ? Ou le goût parfois immodéré du sultan Mahmud II pour le champagne ?

En réalité, dans une longue durée rythmée par l’alternance de périodes de prohibition et de libéralisation, vins et autres boissons alcoolisées n’ont cessé d’être consommés dans l’immense espace multiconfessionnel de l’Empire ottoman. C’est cette histoire discrète, histoire des marges et de la transgression, mais aussi de véritables « cultures du boire », qui se trouve ici révélée. Des tavernes interlopes d’Istanbul aux libations secrètes des en passant par les vignobles de Thrace ou d’Anatolie, des rituels soufis aux éclats de la poésie bachique, des indignations plus ou moins feintes des religieux aux hésitations du pouvoir – jusque dans la Turquie actuelle –, l’alcool devient le précipité d’une vaste histoire sociale, culturelle et politique.

  • François Georgeon, Au pays du raki, CNRS Éditions, Paris, 300 pages, 25 euros
  • Prix : 25.00 €
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 Les fossoyeuses, un récit de Taina Tervonen

Une anthropologue, une enquêtrice, une journaliste : trois femmes font parler les morts et les vivants, en quête de vérité dans un pays marqué par la guerre. Senem est anthropologue judiciaire, et Darija enquêtrice. L’une travaille avec les morts, l’autre avec les vivants, dans un pays traumatisé par les guerres des Balkans : la Bosnie-Herzégovine. Ces deux femmes d’une trentaine d’années n’ont pas choisi leurs métiers très particuliers, liés à l’histoire de leur pays. Senem est chargée d’identifier les ossements humains retrouvés dans des charniers vieux de dizaines d’années, quand Darija se rend dans les familles comptant des disparus pour écouter leur parole et prélever leur ADN.

Lorsque Taina rencontre Senem et Darija, la journaliste n’a aucune idée de l’ampleur de leur travail sur les disparus. Elle va suivre pendant plusieurs mois leur quête de vérité, essentielle pour l’histoire de leur pays et pour les familles qui n’ont jamais pu faire le deuil des êtres perdus.

  • Taina Tervonen, Les fossoyeuses, Paris, Marchialy, 2021, 300 pages, 19 euros

Baba yaga a pondu un oeuf, un roman de Dubravka Ugrešić

Trois vieilles dames zagreboises s’offrent des vacances luxueuses dans un spa. Beba, une ancienne infirmière aux cheveux blonds et aux seins énormes, cite constamment des poèmes dont elle mélange les phrases. Il est possible qu’elle gagne des milliers de dollars au casino du spa. Kukla, autrice anonyme d’un vif succès littéraire, a été veuve plus souvent qu’à son tour. Pupa, ancienne gynécologue acerbe au corps tout fripé, est poussée en chaise roulante – ses jambes déformées coincées dans une botte géante. Elle rentrera chez elle dans un oeuf en bois géant.

Ce trio rocambolesque de vieilles sorcières vivra des aventures folles pendant ce séjour à Prague. Ugrešić explore le mythe de Baba Yaga pour évoquer un sujet peu traité dans la littérature contemporaine : le devenir des femmes âgées. Cette figure du folklore, de la mythologie et des contes russes (et plus largement slaves) est l’une de ses créatures les plus omniprésentes et les plus puissantes.

  • Dubravka Ugrešić, Baba Yaga a pondu un oeuf, Christian Bourgois, Paris, 2021, 448 pages, 23,50 euros.
  • Prix : 23.50 €
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Miracle à la Combe aux Aspics, un roman d’Ante Tomić

À sept kilomètres de Smiljevo, haut dans les montagnes, dans un hameau à l’abandon, vivent Jozo Aspic et ses quatre fils. Leur petite communauté aux habitudes sanitaires, alimentaires et sociologiques discutables n’admet ni l’État ni les fondements de la civilisation – jusqu’à ce que le fils aîné, Krešimir, en vienne à l’idée saugrenue de se trouver une femme.

Bientôt, il devient clair que la recherche d’une épouse est encore plus difficile et hasardeuse que la lutte quotidienne des Aspic pour la sauvegarde de leur autarcie.

La quête amoureuse du fils aîné des Aspic fait de ce road-movie littéraire une comédie hilarante, où les coups de théâtre s’associent pour accomplir un miracle à la Combe aux Aspics.

  • Ante Tomić, Éditions Noir sur Blanc, Paris, 2021, 208 pages, 18 euros.
  • Prix : 18.00 €
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Le cahier volé à Vinkovci, un roman de Dragan Velikić

La nouvelle de la mort de sa mère surprend l’écrivain à Budapest et devient l’occasion d’ouvrir une boîte noire émotionnelle. De fragments de souvenirs en portraits esquissés avec sensibilité, c’est toute l’histoire de l’Istrie du XXe siècle, depuis le grand incendie de Salonique en 1917 jusqu’à nos jours, en passant par l’implosion de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990, qui se trouve revisitée à travers les événements, les vies ordinaires ou extraordinaires de ceux qui se sont succédés sur cette terre, et la trace qu’ils ont laissée dans l’esprit du narrateur. L’histoire de pays, de villes, d’hôtels, de chemins de fer qui n’existent plus. De familles détruites et de personnes disparues.

Ce roman empreint de poésie mêle réflexions intimes, réalité historique et mémoire collective, dessinant ainsi un paysage politique, social et géographique mouvant. Avec un sens parfait du détail, Dragan Velikić orchestre une polyphonie claire et pleine de sens portée par un style brillant.

Traduit du serbe par Maria Bejanovska.

  • Dragan Velikić, Le cahier volé à Vinkovci, éd. Agullo, 2021, 288 pages, 20,50 euros

 La traversée, un roman de Statim Pajtovci

Bujar grandit en Albanie parmi les ruines du régime communiste et celles de sa propre famille. Seul son ami, l’intrépide Agim, qui se débat avec son identité et sa sexualité, parvient à l’arracher à sa solitude. Ensemble, ils décident de tout abandonner pour tenter leur chance en Italie. Mais se sentir chez soi – dans un pays étranger comme dans son propre corps – représente un défi sans cesse renouvelé qui mène les deux garçons dans une quête périlleuse.

D’une actualité brûlante, ce roman nous parle de cette réalité incertaine et mouvante que vivent des millions d’êtres humains à travers le monde ; de ce qui constitue et de ce qui floute notre identité ; du sentiment d’étrangeté à soi et aux autres. Odyssée moderne et lyrique, le texte explore ce qui forge notre humanité.

  • Pajtim Statovci, La traversée, Éditions Buchet Chastel, Paris, 2021, 272 pages, 21 euros
  • Prix : 21.00 €
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 Yougoslave, un roman de Thierry Beinstingel

De la mort de Mozart à l’aube du XXIe siècle, de l’empire austro-hongrois à la République française, Yougoslave suit sur plusieurs générations le parcours sinueux d’une famille à travers le temps et l’espace ; à travers l’histoire et la façon dont elle reconfigure sans cesse le monde, les pays, les frontières. Nous rappelant ainsi que le mouvement est naturel à l’homme et que nous sommes tous des migrants.

« Ma grand-mère habitait à Sarajevo, à cinq cents mètres de l’endroit où l’archiduc François-Ferdinand a été assassiné en juin 1914, événement considéré comme déclencheur de la Première Guerre mondiale.
A la fin de la Seconde, en mai 1945, on la retrouve à Berlin, au milieu des décombres, entourée de ses enfants. Ces deux anecdotes sont le fondement d’une quête qui retrace presque deux siècles et demi d’une chronique à la fois familiale et historique.

Commencé en Autriche à la mort de Mozart, en 1791, tandis que la France où je verrai le jour est en pleine ébullition révolutionnaire, ce roman met tour à tour en scène six générations d’une famille. Balayant une Mitteleuropa en perpétuelle évolution, il tâche de rendre hommage à ceux dont l’histoire n’a pas retenu les noms, mais qu’elle a tout de même embarqués dans ses bouleversements. Et, en ces temps où la situation des migrants n’a jamais été aussi controversée, il a aussi pour volonté de remettre dans nos cœurs les péripéties modestes et singulières de nos origines ». (T.B.)

  • Thierry Beinstingel, Fayard, Paris, 2020, 560 pages, 24 euros
  • Prix : 24.00 €
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L’eau rouge, un roman de Jurica Pavičić

Dans un bourg de la côte dalmate, en Croatie, Silva, 17 ans, disparaît lors de la fête des pêcheurs. C’est un samedi de septembre 1989, dans la Yougoslavie agonisante. L’enquête menée par l’inspecteur Gorki Šain fait émerger un portrait de Silva plus complexe que ne le croyait sa famille : la lycéenne scolarisée à Split menait-elle une double vie ? Mais l’Histoire est en marche, le régime de Tito s’effondre, et au milieu du chaos, l’affaire est classée. Seule la famille de Silva poursuit obstinément les recherches...

À travers ce drame intime, L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate, de la chute du communisme à l’explosion du tourisme, en passant par la guerre civile... Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels.

Traduit par Olivier Lannuzel.

  • Jurica Pavičić, Agullo, Villenave d’Ornon, 2021, 358 pages, 22 euros
  • Prix : 22.00 €
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Là où se mêlent les eaux, des Balkans au Caucase, dans l’Europe des confins, un récit de Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin

Une ville sans cimetière, une langue comprenant quatre-vingt-trois consonnes, une marina qui n’existe pas sur les cartes, d’anciens sous-marins soviétiques à vendre, des frontières que seul un aveugle peut traverser, des vallées perdues et des fronts de mer reconquis, des jeunes radicalisés et des vieux-croyants…

Sur les marches de l’Europe, des Balkans au Caucase, s’étendent des espaces incertains, broyés dans les rouages d’une interminable « transition », mais propices à des rencontres improbables. Comprendre où va aujourd’hui l’Europe demande d’embarquer à bord d’une histoire des confins : à la fois récit de voyage et reportage d’après guerres, où l’on croise aussi bien les spectres de Tito et d’Enver Hodja que les figures réelles de révolutionnaires non repentis ou de mafieux imaginatifs.

Dans ce texte où l’ambition littéraire se conjugue à un savoir panoramique, afin de remonter le fil des mémoires du continent, Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin ont caboté sur les rives de l’Adriatique, de la mer égée et de la mer Noire. Ce trajet est celui des minorités oubliées, des pays qui n’existent plus ou pas encore, des migrations sans cesse recommencées et des rendez-vous toujours ratés. Le rythme de la voile raconte ce cheminement de la côte Adriatique aux rivages caucasiens d’Adjarie et d’Abkhazie, de la Crimée à la Transnistrie. Jusqu’au delta du Danube, là où le fleuve et toutes les poussières de l’Europe viennent se mêler aux eaux de la mer.

  • Laurent Geslin et Jean-Arnault Dérens, Là où se mêlent les eaux, des Balkans au Caucase, dans l'Europe des confins, Éditions La Découverte, Paris, 2018, 352 pages
  • Prix : 22.90 €
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Vers la guerre au Kosovo, un récit de Gabriel Keller

En mars 1999, l’OTAN intervenait militairement pour la première fois de son histoire en bombardant la République Fédérale de Yougoslavie. Les diplomates internationaux avaient pourtant essayé d’éviter la guerre en dépêchant au Kosovo une « Mission de Vérification », la plus importante opération jamais mise sur pied par l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), puis en invitant tous les acteurs du conflit à la Conférence de Rambouillet, qui se termina par un échec.

A la suite de ces événements, le Kosovo, jusque-là province de la Serbie, passa sous mandat de l’ONU puis proclama son indépendance en 2008. Aujourd’hui, son président, accompagné des principaux chefs de la guerre d’indépendance, sont à La Haye en attente de leur procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ce témoignage de l’un des principaux dirigeants de cette « mission de la dernière chance », retrace les derniers mois précédant le conflit et décrypte sans complaisance le rôle joué par ses principaux acteurs en racontant de l’intérieur le fonctionnement de la diplomatie multilatérale.

  • Gabriel Keller, Vers la guerre au Kosovo (Octobre 1998 - Mai 1999), éditions Fauves, Paris, 2021, 496 pages, 29 euros
  • Prix : 29.00 €
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Journal d’un timonier et autres récits, des nouvelles de Nikos Kavvadias

Nikos Kavvadias (1910-1975) est l’auteur d’un unique roman, Le Quart, d’inoubliables nouvelles comme Li, marin amoureux. Poète rêveur triste et émerveillé, c’est le Blaise Cendrars de la littérature grecque du XXe siècle.

Dès ses vingt ans, il publiait dans des revues les textes où se lisent déjà les thématiques qu’il a développé dans toute son œuvre : l’inconnue à qui l’on écrit du bord que l’on ne quitte pas, les heures de quart qui s’étirent, les typhons des eaux du Pacifique, des pastilles tantôt grises, tantôt colorées sur les villes que l’on aperçoit depuis la passerelle – Marseille, Port Saïd, Argostoli.

Inédits en français, ces écrits de jeunesse sont à présent disponibles, dans une traduction de Françoise Bienfait (traductrice de Dimitris Sotakis, Gazmed Kapllani), postfacée par Gilles Ortlieb.

  • Nikos Kavvadias, Journal d'un timonier et autres récits, éditions Signes et balises, Paris, 2018, 112 pages, 12 euros
  • Prix : 12.00 €
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