Au sud de l’Est N°5

  • Revue éditions Non Lieu, 2009, 192 pages
  • Prix : 20.00 €
Vingt ans après la chute des dictatures à l’est de l’Europe, le désenchantement est à la mesure des espoirs suscités par les promesses d’Occident. Les sociétés dites « en transition vers l’économie de marché » découvrent à marche forcée les bienfaits du capital, le vrai, celui qui n’est pas régulé : loi du plus fort, droits bafoués, corruption, maffia...

Que reste-t-il quand on tombe de Charybde en Sylla ? Le désir de vivre des invidus et des peuples, c’est-à-dire l’intelligence au service de la vitalité créatrice, celle qui permet, par exemple, aux journalistes de retrouver les réflexes et les ruses du temps jadis : humour, feinte, mouvement, pour préserver un espace de liberté d’expression mis à mal par les nouveaux maîtres du jeu. 
Surtout refuser tout fatalisme. Créer, pour redonner du sens, mais lequel ? « Me voici donc revenu parmi vous/J’ai retrouvé ma troupe ardente/J’ai trouvé aussi une scène/Mais j’ai retrouvé avec douleur/L’art théâtral sans grandeur sans vertu/Qui tuait les longs soirs d’avant la guerre. » Que peut faire, que veut faire le dramaturge en face de l’évidence énoncée, au temps d’autres massacres, par Apollinaire : « Puis le temps est venu le temps des hommes/J’ai fait la guerre ainsi que tous les hommes » ? Dans les Balkans, le chaos du marché succède, sans transition, aux horreurs d’une décennie de haine et de sang. Le poète doit reconstruire le réel, la création théâtrale contemporaine de la région oscille sans cesse entre l’évocation angoissante d’un monde en perpétuel devenir et la foi en la capacité, non pas de l’homme, mais du poète à renouveler ce monde (Dossier).

Il est pourtant un écueil qui guette même le créateur le plus sincère. N’est pas Prométhée qui veut. Comment dire « je », parler de soi et, dans le même temps, parler des autres, pour l’autre (Textes) ? Le repli sur soi, là-bas plus qu’ailleurs, est meurtrier. Narcisse oublie. La liberté individuelle retrouvée suscite un devoir impérieux : se battre pour celle des autres. Les autres, qui malgré la succession des empires, partagent la même terre que soi (Terre en miroir). Narcisse trahit. Le monde admire aujourd’hui le poète des Balkans, célèbre sa vitalité créatrice. Que le poète prenne garde de ne pas être ébloui, qu’il ne détourne pas son regard de ses frères, éternels vaincus (Regard), sans quoi, à l’infini, le drame recommencera.

Le monde comme un théâtre d’où le metteur en scène s’est fait la malle depuis longtemps ; et des acteurs qui doivent inventer la fin de l’histoire : Balkans’ not dead !

Sommaire 

Contexte : Médias et dissidence

Dossier : Le théâtre contemporain (Slobodan Unkovski, Dejan Dukovski, Jeton Neziraj, Rahim Burhan, Isil Kasapoglu, Tuncer Cücenoglu, Milena Markovic, Asja Srnec Todorovic, Nicoleta Esinencu)

Terre en miroir : La Thrace

Textes : Ruxandra Cesereanu (Naissance des désirs liquides), Nina Zivancevic (Poèmes)

Regards : Sladjana Stankovic, Les Oubliés

Chroniques

Calendrier culturel

Comité de rédaction :

Jérôme Carassou, Bernard Lory, Dan Lungu, Ardian Marashi, Dragica Mugosa, Cristina Passima, Alexandre Tchernookov, Nicolas Trifon.
  • Revue éditions Non Lieu, 2009, 192 pages
  • Prix : 20.00 €