Blog • Film : et trois cafés plus tard…

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Ce projet est né d’une rencontre… Combien de fois (de milliers de fois ?) avez-vous lu cette phrase ? Moi, vraiment beaucoup. Comme l’expression est banale à en sourire quand aucune autre explication n’est donnée, je vais donner quelques explications, qui rendront, je l’espère, ce post un minimum intéressant.

Tout commence dans un petit festival du film étudiant : Kustendorf : L’événement est organisé chaque année en Serbie par une célébrité du grand écran : Emir Kusturica. Au beau milieu d’une montagne perdue, au bout d’une route étroite, se dresse un ensemble de chalets neufs. C’est le « village » construit par Kusturica dans la Mokra Gora (la « Montagne Mouillée »). C’est à cinq heures de mauvaise route de Belgrade. Au village, l’une des maisons est celle du cinéaste. Les autres forment un petit complexe touristique : chambres, restaurant, échoppe de souvenirs, et bien sur deux salles de cinéma. Le festival, qui se tient en janvier, est un curieux rendez-vous où se croisent de très jeunes acteurs et cinéastes, pour la plupart venus des Balkans et tous complètement inconnus, et des célébrités mondiales. Cette année, Tavernier, Cuaron, Konchalovsky en faisaient partie.

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Kustendorf, ce tout petit espace où tout ce petit monde se croise plusieurs fois par jour, est aussi l’occasion de faire la fête jusqu’à très tard. L’ambiance est surchauffée (je vais essayer de vous trouver une de mes petites vidéos de téléphone portable dès que je finis ce texte. Promis). Au cours d’une de ces soirées, un type, qui avait manifestement repéré que je parlais français, me tape sur l’épaule et se présente : Arnaud Humbert, jeune acteur français installé depuis peu en Serbie. Il est sympa, et dans la discussion, j’apprends que nous sommes presque voisins à Belgrade (ceux qui aiment l’expression « que le monde est petit » peuvent la placer, là, maintenant). Echanges de numéros. Fin du festival. Retour à Belgrade. Les jours passent. Arnaud m’appelle.

Ce qui suit est la relation du premier café de notre histoire. Rendez-vous est donc pris dans un des cafés du centre de Belgrade. On re-discute : « Ah ! le festival ! Ah ! Tu fais quoi dans la vie ? Ah ! Pourquoi t’as choisi Belgrade ? » Patati, patata, et au bout d’un moment, quand il faut bien commencer à improviser pour que la conversation continue, et comme mon interlocuteur est acteur, je déterre un vieille envie (d’ado… ?) et je lance : tiens, j’ai eu l’idée un jour de faire un film, et j’y ai repensé il n’y a pas si longtemps ». Honnêtement, ma sortie est un peu tombée à plat. A l’évidence, les acteurs ne sont pas spécialement impressionnés par les histoires de film…

Trois jours plus tard, le téléphone sonne : Arnaud. Cool. Je réponds et il me jette en guise d’attaque : « Tiens, j’ai un scénario pour toi ». Surprise. Deuxième café de cette histoire ; et Arnaud me sort un court scénario. Wow ! Quelle histoire ! (Cher lecteur, j’ai hésité à me lancer, maintenant ici même dans ce paragraphe de ce post de blog, dans un suspens à 2 euros pour te faire croire que ce scénario ne m’avait peut être pas plu, mais comme le blog parle du film et que ce post parle de sa genèse, ça aurait été tiré par les cheveux… ) Bref ! Top scénario ! Mais au début je ne comprends pas ce qu’Arnaud attends de moi et je lui demande timidement s’il peut me confier un des petits rôles. Franchement, il n’a pas eu l’air convaincu du tout, mais a plutôt mis en avant mon expérience du journalisme de télévision pour me demander si je ne connaissais pas des cameramen, des monteurs… parce lui, et bien il n’en connaissait pas. Sur le coup je ravalé ma déception, formulé une réponse évasive, et changé de sujet. Sauf que tout cela a commencé à me travailler un peu quand même. J’appelle alors un ami avec qui je tourne des sujets télé depuis des années : Nikola Majdak (jr), avec qui je conviens de prendre un café. Le troisième de cette histoire.

Pour ceux qui ne connaissent pas Nikola (junior), il faut faire une rapide présentation. Le Majdak de mon histoire est le fils du regretté cinéaste Yougoslave Nikola Majdak (senior), un homme qui a donné ses premiers tours de manivelle lors de la libération de Belgrade en 1944, tourné 250 films présentés à Cannes, Chicago… et créé un festival. Surtout, Nikola est bon dans ce qu’il fait. Il ne sait plus où ranger ses récompenses et il est le seul cinéaste des Balkans qui, depuis pas mal d’années, ait obtenu un Ours à Berlin [1].

Nikola et moi avons rendez-vous dans un bar qui répond au joli nom de KGB. La conversation est rapide. Nikola aime bien l’histoire. Il s’engage même à trouver quelques autres techniciens indispensables à la réalisation d’un film. (Ce qu’il a fait depuis). Au moins, Arnaud va être content.

Et là : surprise ! Il y a un quatrième café à cette histoire : celui que j’ai pris avec Arnaud le jour suivant, pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il avait les acteurs [2], et je lui ai trouvé les meilleurs pour la partie technique. Je lui demande alors s’il va réaliser le film. Non, dit-il, il est déjà scénariste et acteur. Ca suffit… Et qui alors ? Ben toi, me répond-t-il, franchement étonné. A voir sa tête, j’étais visiblement le seul à ne pas avoir compris.

Quatre cafés. Cinq jours, dans la joie et la détente. Mais depuis c’est la course. Même si l’équipe s’est bien étoffée, il y a un million de trucs à faire. Et il y a un petit « plus » : j’ai pas un rond.

Dans un des films que j’avais regardé étant enfant, Belmondo déclarait que « l’aventure, ça consistait à avoir des emmerdes sans avoir rien demandé ». Avouons-le, les enquiquinements de Bebel dans ce film étaient bien supérieurs aux miens en ce moment. Et puis si tout m’est tombé dessus par hasard, je suis quand même en train de réaliser un vieux rêve, et bientôt un film. Et ça, c’est une vraie aventure.

Nikola Majdak et Laurent Rouy

Notes

[1L’Ours de Cristal du meilleur film d’animation, à la Berlinale de 2013

[2En fait Arnaud n’avait pas tous les acteurs, mais ça je vous le raconterai la prochaine fois…