Tourisme alternatif dans les Balkans (5/5) | En Macédoine du Nord, le tourisme rural pour sauver les régions désertées

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Les campagnes de Macédoine du Nord se vident, mais certains habitants misent sur le tourisme rural pour relancer une activité économique. Comme dans les villages de Brajčino et de Ljubojno, à proximité du lac de Prespa. Visite guidée.

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Traduit par Jaklina Naumovski

Le village de Ljubojno
© MKD

La Macédoine du nord est un pays encore relativement inconnu des touristes mais il regorge de lieux extraordinaires pour le tourisme rural. Si vous souhaitez vous ressourcer dans un havre de paix, loin du bruit de la ville, être reçu comme un roi, allez à Brajčino ou Ljubojno, deux villages situés à deux ou trois kilomètres du lac de Prespa. Tout la région est d’ailleurs un lieu de villégiature très apprécié et les locaux aiment à dire : « Quand Dieu accorda des beautés dans le monde, il ne fut pas avare ».

Elida et Slave Stankovski vivent à Ljubojno et sont de parfaits hôtes. La cour de leur maison est décorée avec amour, on y trouve un bassin avec des poissons, des fleurs, une table et des chaises en bois. On remarque aussi des costumes traditionnels et leur maison, appelée la « vieille fontaine » (Stara Cesma), est le seul endroit de la zone où se restaurer. La nourriture proposée est 100% naturelle, la plupart étant produite par les propriétaires des lieux eux-mêmes. On peut se délecter de miel, de tomates, de formages... Et pour les amateurs de poissons, le plus difficile est de choisir lequel déguster puis d’attendre qu’il soit grillé au four. Quand il arrive enfin, il est servi accompagné de poivrons, d’ail et de salade fraiche du potager.

« Nous vivions à Skopje, Slave était chauffeur mais il a été licencié », raconte Elida. « J’avais un commerce, mais après un accident il a été entièrement détruit. Nous avons eu une période difficile, puis après quelques années nous sommes revenus dans ma région d’origine. Nous avons investi tout ce que nous avions pour créer cet endroit. Et tout n’est pas encore terminé, chaque jour nous faisons quelque chose. Nous participons régulièrement à des séminaires pour nous former au tourisme rural et alternatif. Par exemple, nous avons banni les télévisions de nos chambres, car la majorité de nos clients ne veulent pas de bruit. »

Les visiteurs sont d’ailleurs nombreux, quelle que soit la saison ou le moment de la journée. « Ceux qui aiment profiter du cadre, qui sont bons vivants viennent régulièrement. Nous avons beaucoup de visiteurs de juin à septembre, des gens d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas, de Tchéquie, de Pologne, de Turquie, de Grande-Bretagne. Ils restent quelques jours avant de partir à la découverte du reste de la Macédoine. Nous n’avons jamais eu de client mécontent. Celui qui est venu une fois ici, reviendra toujours », s’enthousiasme Elida. Une nuit dans ce havre de paix coûte 500 denars (8 euros) et c’est avec du pain préparé le matin même et avec un morceau de formage que la maitresse de maison vous dit au revoir. Jusqu’à la prochaine visite.

Nous voulons ouvrir une autre piste cyclable pour aller vers le mont Pelister et baliser de nouveaux sentiers.

Brajčino, à quelques minutes de route de Ljubojno, est un second village qui mérite le détour. Ici pas de cafés ni de restaurants, mais quelques familles qui louent des chambres. Le monastère Sainte Petra peut également accueillir une vingtaine de visiteurs, qui seront charmés par la beauté du lieu, avec ses petits ponts qui enjambent les eaux limpides de la rivière Brajčinska et ses façades en pierre datant d’un autre temps.

Brajčino a eu la chance, en 2003, de participer à un programme de développement du tourisme rural financé par la Suisse. « Les femmes ont été formées à la préparation de plats traditionnels, des chemins de randonnées ont été balisés. Durant l’année 2008-2009, les maisons du village ont en moyenne réalisé 300 nuitées, mais le projet s’est depuis arrêté et nous avons besoin d’une nouvelle aide pour continuer ces activités », explique Sašo Kostovski, l’un des habitants de Brajčino qui propose des chambres aux touristes. Pour lui, la village manque d’une auberge où se restaurer. « Nous voulons ouvrir une autre piste cyclable pour aller vers le mont Pelister et baliser de nouveaux sentiers, mais nous devrons faire tout cela avec nos propres moyens », explique-t-il.

La solidarité est effectivement la valeur morale la plus importante dans ces villages. Leurs habitants construisent, nettoient et cuisinent ensemble. Ces exemples positifs sont le signe qu’il est possible de trouver de nouveaux modèles de développement économique, même dans des régions qui se vident de leurs habitants. Les citadins en manque de nature n’attendent que ça.