Journalisme en Slovénie : menaces sur la confidentialité des sources

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C’est une première en Slovénie : deux journalistes enquêtant sur la nomination du directeur du plus grand hôpital slovène ont été sommés par la Commission de prévention de la corruption de révéler leurs sources, menace d’amende à l’appui. L’Association des journalistes de Slovénie (DNS) s’insurge.

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Par Charles Nonne

© Pixabay

La nomination, en avril 2016, du nouveau directeur de l’hôpital universitaire de Ljubljana, Andraž Kopač, a attiré l’attention de deux journalistes du site d’information Siol.net. Leur enquête les a conduits sur les traces d’un candidat malheureux au poste. Ce dernier avait averti la Commission de prévention de la corruption (KPK) d’un fort risque de conflit d’intérêt. Selon lui, la nomination d’Andraž Kopač à la tête du CHU était entachée d’irrégularités.

Peu après, une employée de la Commission a prévenu le président de l’institution, Boris Štefanec, que ce dernier serait dans cette affaire en situation de conflit d’intérêts, en raison de son amitié avec le lanceur d’alerte. Boris Štefanec n’ayant pas réagi, les journalistes ont dénoncé la situation dans leurs papiers, fin février 2017.

La KPK, surprise d’apprendre que des journalistes avaient découvert ces discussions en interne, a immédiatement réagi en exprimant « [son] indignation et [sa] déception par rapport aux fuites qui mettent les lanceurs d’alerte en danger ». Quelques jours plus tard, elle a adressé aux journalistes une injonction à révéler leurs sources. Et de les menacer d’une amende de plusieurs milliers d’euros en cas de refus d’obtempérer. Un autre journal, Večer, qui a lui aussi révélé le nom du lanceur d’alerte, a également subi les foudres du président de la KPK.

Un dangereux précédent...

L’Association des journalistes de Slovénie (DNS) s’est aussitôt insurgée, considérant « qu’une telle demande est contraire à tous les standards internationaux de protection des sources, une condition sine qua non du journalisme d’investigation ». Elle a regretté que la KPK ait « dépassé des limites inimaginables », au risque d’établir « un dangereux précédent ».

Ce n’est pas la première fois que la KPK est sous le feu des critiques. Après avoir fait tomber le gouvernement conservateur de Janez Janša, son image a vacillé lors de l’arrivée controversée à sa tête de Boris Štefanec, un obscur avocat de Murska Sobota.

Selon Reporters sans frontières, la liberté de la presse est encore très largement perfectible en Slovénie : quiconque se sent blessé et offensé par un article peut demander la publication d’une « correction ». Les tribunaux peuvent aisément enjoindre les journalistes à révéler leurs sources.

Cet article est produit en partenariat avec l’Osservatorio Balcani e Caucaso pour le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF), cofondé par la Commission européenne. Le contenu de cette publication est l’unique responsabilité du Courrier des Balkans et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.