Aleko Konstantinov

Un classique de la littérature bulgare • Baï Ganiou

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Ce « roman » écrit en 1895, et qui porte pour sous-titre « récits extraordinaires d’un Bulgare contemporain », est devenu si célèbre que le héros dont il porte le nom symbolise le parvenu mal dégrossi, rusé et un brin truand, qui accumule les gaffes par bêtise et manque d’éducation. C’est en fait un cycle de récits mettant en scène Ganiou Balkanski, jeune commerçant d’essence de rose qui voyage en Europe et finit par faire de la politique. Le trait et la langue, où abondent les termes expressifs et les turcismes, sont truculents, mais l’image de Ganiou n’est évidemment pas vraiment à l’avantage de la petite bourgeoisie bulgare contemporaine, elle est encore abondamment utilisée aujourd’hui par ceux qui veulent opposer Orient et Occident, Bulgarie et Europe. C’est une autre face de la bulgarité qu’il propose, aux antipodes de celle, héroïque, véhiculée par le roman d’Ivan Vazov, Sous le joug, qui lui est contemporain.
Baï Ganiou a été traduit en français en 1911. Cela fait donc plus de cent ans. Cette œuvre mythique de la littérature bulgare, qui fait partie du patrimoine littéraire de l’Europe, mérite à plus d’un titre d’être retraduite.

Aleko Konstantinov (1863-1897), surnommé de son vivant « Le Bienheureux », a pourtant connu un destin tragique. Voulant mettre ses compétences de juriste au service du nouvel État bulgare, il a souvent été remercié du fait de son esprit indépendant, et ses pamphlets et feuilletons, féroces à l’égard des pouvoirs, lui attirent des inimitiés tenaces. Son chef-d’œuvre, destiné à incarner un type précis de Bulgare, voire de Balkanique, Baï Ganiou, fut publié deux ans avant qu’il ne soit assassiné par erreur.

  • Aleko Konstantinov, Baï Ganiou, traduit du bulgare par Marie Vrinat, Paris, Non Lieu, 2018, 320 pages.
  • Prix : 18.00 €
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