Femmes des Balkans, la parole se libère (3/5) | Grèce : un an après le début de #metoo, l’heure des procès

| |

Un an après le début du mouvement #metoo en Grèce, un premier procès pour une affaire de viol intenté par une jeune athlète est en cours de jugement. D’autres procédures suivront. La parole des femmes se libère, mais les résistances persistent.

Cet article est accessible gratuitement pour une durée limitée. Pour accéder aux autres articles du Courrier des Balkans, abonnez-vous !

S'abonner

Par Marina Rafenberg

<p />Sofia Bekatorou, championne olympique de voile, a confié publiquement avoir été agressée sexuellement à l’âge de 21 ans.</p>
Sofia Bekatorou
Sofia Bekatorou, championne olympique de voile, a confié publiquement avoir été agressée sexuellement à l’âge de 21 ans.
© Ekathimerini

Pas une semaine ne passe en Grèce sans que les violences faites aux femmes ne fassent la Une des médias. Depuis quelques jours, c’est l’affaire de Giorgia, une jeune femme de 24 ans qui affirme avoir été droguée et violée par trois hommes, dont des membres de la haute société de Thessalonique, la seconde ville du pays, qui agite l’espace public.

À Thessalonique, les manifestations se multiplient pour que justice soit faite et que l’enquête avance, malgré l’implication présumée de personnes influentes, dont les propriétaires de Coca-Cola Grèce. « Le mouvement #metoo est né tardivement dans notre pays, il y a un peu plus d’un an, mais il a permis de libérer la parole, de donner la force aux femmes de porter plainte et de débattre de ces sujets tabous dans les médias », estime Maria Stratigaki, directrice du programme Genre, société, politiques de l’Université Panteion d’Athènes.

En décembre 2020, Sofia Bekatorou, championne olympique de voile, confiait publiquement avoir été agressée sexuellement en 1998, à l’âge de 21 ans, par un haut responsable de sa fédération, lors des préparations pour les Jeux olympiques de Sydney. Même si ces faits sont prescrits, sa prise de parole a eu un impact considérable en Grèce, et de multiples témoignages ont afflué, dans le monde du sport, de la culture, du journalisme, etc.

En un an, les plaintes pour des agressions sexuelles ou des violences conjugales ont augmenté de manière significative.

Grâce à Sofia Bekatorou, une autre athlète de 21 ans a osé aller jusqu’au tribunal. Celle-ci accuse son ancien entraîneur, de 18 ans son aîné, de l’avoir violée alors qu’elle avait entre 11 et 13 ans. Le procès, à huis-clos pour préserver l’anonymat de la plaignante, est en cours et ce jugement sera le premier depuis le déclenchement du mouvement #metoo. Mi-février, l’ancien directeur artistique du Théâtre national grec, Dimitris Lignadis sera entendu par la justice. Ce dernier est accusé de viols sur mineurs. Au mois de mars, ce sera au tour du célèbre acteur Petros Filippidis de répondre à des accusations de viols sur des actrices.

« La voie est ouverte. Beaucoup d’affaires sont en cours. Pour l’heure, j’ai l’impression que la justice se montre dans l’ensemble à la hauteur du mouvement qui a commencé il y a un an », estime Clio Papapantoleon, l’avocate de l’athlète de 21 ans, interviewée sur la radio Kokkino. « En un an, les plaintes pour des agressions sexuelles ou des violences conjugales ont augmenté de manière significative », ajoute Vasiliki Artinopoulou, professeure de criminologie à l’Université Panteion d’Athènes.

Pourtant, comme le notait Sofia Bekatorou dans un entretien donné au magazine Marie-Claire en décembre dernier, certaines plaintes restent lettres mortes. Trente-sept jeunes filles du milieu de la gymnastique se sont par exemple plaintes d’avoir été victimes d’agressions sexuelles, mais les auteurs présumés continuent d’occuper des postes à haute responsabilité dans la fédération.

Auparavant, ces meurtres étaient considérés comme des faits divers. Nous voudrions que le terme ’féminicide’ soit inscrit dans le code pénal, pour éviter une réduction des peines infligées aux hommes qui plaident le crime passionnel.

Avec le mouvement #metoo, la parole s’est aussi libérée pour dénoncer les violences faites aux femmes. L’année 2021 a été marquée par un nombre de féminicides en hausse (17 en 2021 contre 9 en 2020), probablement aggravé par le confinement. « Auparavant, ces meurtres étaient considérés comme des faits divers. Aujourd’hui, ils font la Une des journaux. Il y a une prise de conscience, mais nous voudrions que le terme ’féminicide’ soit inscrit dans le code pénal, pour éviter une réduction des peines infligées aux hommes qui plaident le crime passionnel », souligne Maria Stratigaki.

Le gouvernement conservateur de Kyriákos Mitsotákis a tenté de répondre aux demandes de la société : il a prévu un durcissement des peines pour les agressions sexuelles, un allongement des délais de prescription pour les agressions sur mineurs, il a aussi créé une plateforme et une ligne téléphonique pour venir en aide aux victimes et mis en place des cours d’éducation sexuelle dans les écoles publiques. Mais sur ce dernier point, un nouveau scandale a éclaté il y a quelques jours : certains cours évoquaient l’avortement. Le ministère de l’Éducation, sous le feu des critiques, a dû retirer ces cours du programme.

Pour Maria Stratigaki, « il reste beaucoup à faire pour les femmes en Grèce. La société est encore très patriarcale et marquée par la religion ». En 2020, la Grèce était en queue de peloton dans l’Union européenne (UE) en matière de parité, selon l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Selon une étude de l’ONG ActionAid publiée fin 2020, neuf Grecques sur dix ont aussi subi une agression sexuelle dans leur environnement professionnel.