BLOG • Loufoqueries en Moldavie post-soviétique : le dernier amour du lieutenant Petrescu, par Vladimir Lortchenkov (Agullo éditions)

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Chișinău
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Vladimir Lortchenkov nous avait déjà donné un aperçu de son imagination débridée avec son remarqué Des mille et une façons de quitter la Moldavie (2014), récit extravagant d’un petit village moldave dont tous les habitants rêvent de rejoindre l’Italie. Il réitère l’exploit avec Le dernier amour du lieutenant Petrescu, traduit du russe par l’excellente Raphaëlle Pache, sur un scénario rocambolesque : la rumeur court à Chișinău, la capitale de la Moldavie, qu’Oussama Ben Laden s’est caché dans cette ancienne république soviétique et qu’il se dissimule sous les traits d’un modeste employé d’un kiosque vendant des chawarmas.

Nous sommes quatorze ans après l’indépendance de la Moldavie de l’Union soviétique, soit vers les années 2005. Oussama Ben Laden, le vrai, rappelle-t-on, est mort en 2011. « Et pourquoi pas, après tout ? Au bout du compte, la Moldavie était un endroit paisible, provincial, et Oussama n’aurait pu trouver meilleur pays où se cacher », lance l’auteur à l’adresse des lecteurs, les invitant à entrer librement dans des extravagances de 300 pages au rythme soutenu. Une fois ce préalable acquis, on peut effectivement se laisser aller au charme de cette imagination débordante à l’humour sarcastique sur la Moldavie post-soviétique et son immense chaos.

On sourit même parfois devant les déboires amoureux du chef du KGB local, Constantin Tanase, ou devant ces indicateurs tentés par la fiction dans la rédaction de leurs rapports. C’est échevelé, trépidant. Cela tient de la farce, il y a mille histoires en une, cela fuse de toutes parts, on y boit sec, il y a des morts qui ressuscitent et des vivants qui se débattent et se débrouillent comme ils le peuvent dans une société frappée du sceau de l’absurde.

Certaines scènes sur la morgue des potentats locaux à l’égard des simples citoyens sont particulièrement bien vues et d’une cruauté mordante.

Vladimir Lortchenkov est né en 1979 à Chișinău et vit aujourd’hui à Montréal. Il est tenu pour l’un des écrivains importants du monde russophone. Andreï Makine le considère dans sa préface comme « sans aucun doute la voix la plus fraîche et la plus ironique de la nouvelle littérature russophone ».