Blog • Le regard sur l’autre en Europe médiane

|

Les peuples qui forment un ensemble complexe situé entre le monde germanique et le monde russe, ont une réelle expertise les uns des autres. Les prismes à travers lesquels est perçu l’autre, même de façon déformée, offre l’occasion de s’interroger sur ce qu’ils révèlent. Une anthologie dirigée par Jean Kudela et Bernard Lory.

Cette anthologie est un ouvrage collectif coordonné par Jean Kudela et Bernard Lory, paru fin 2019 avec le soutien du Centre de recherches Europes-Eurasie de l’Inalco aux éditions L’Harmattan.

Enserrée entre le monde germanique à l’ouest et le monde russe à l’est, l’Europe médiane est un espace historique dont les dimensions et l’organisation politique ont varié dans le temps. Comme le souligne dès l’introduction Jean Kudela, expert du sorabe à l’Inalco, il s’agit d’un espace géographique qui englobe le centre et l’est de l’Europe et qui s’étend au sud jusqu’aux Balkans et, au nord, aux Pays Baltes.

Cette anthologie propose des clés pour appréhender les enjeux liés à la réaffirmation des identités nationales. Sans se vouloir exhaustive ou systématique, elle réunit plus d’une soixantaine de textes peu connus, souvent traduits en français pour la première fois. Présentés au cours de plusieurs journées d’études organisés par l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) à Paris, ils sont le choix de près de vingt-cinq universitaires et chercheurs spécialistes.

Les textes réunis se placent dans une perspective historique distinguant trois grandes périodes :
 1920-1945, correspondant à l’entre-deux-guerres et à la Seconde Guerre Mondiale ;
 1945-1990, avec le temps de la guerre froide, des états dis de démocratie populaire, puis du « socialisme réel » ;
 de 1990 à nous jours, la période post-communiste.

Europe médiane : à la croisée de multiples altérités

Dis-moi quels clichés et préjugés tu plaques sur moi...et cela en dira plus sur ta démarche identitaire et ton degré d’altérité depuis l’altérité pleine et entière, réunissant tous les critères d’identité : langue, nationalité, culture. Jusqu’à l’altérité partielle à l’intérieur d’une même nation. « Le regard de l’autre n’est pas seulement celui qui vient de loin. C’est aussi celui du voisin de l’autre côté de la frontière, le regard de l’immigré sur la société qui l’accueille, celui du minoritaire sur la culture majoritaire ».

Chacune des trois périodes est précédée par un développement sur le contexte historique général. Bernard Lory, spécialiste des XIXe et XXe siècles et qui enseigne la civilisation balkanique à l’Inalco, signe l’introduction de la première partie, qui réunit des textes allant de 1927 à 1944 sur l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale, ainsi que la troisième partie qui rassemble des morceaux choisis de 1990 à nos jours sur le post-communisme. Jean Kudela présente la deuxième période sur la Guerre froide avec des textes allant de 1948 à 1987.

C’est ainsi que des regards se croisent entre Sorabes et Serbes, Slovènes et Tchèques, Polonais et Juifs... ou encore Bosniaques et Albanais, Ukrainiens et Roms, Albanais et Serbes, Bulgares et Grecs, Roumains et Polonais, Tchèques et Serbes, Albanais et Grecs, etc. Nous reviendrons plus en détails à d’autres occasions sur des textes allant de documents officiels à des œuvres de fiction, de récits de voyages à des essais, correspondances et mémoires ou bien encore d’interviews contemporaines à des extraits de dictionnaires et d’encyclopédies.

Informatif et pédagogique, l’ouvrage comporte plusieurs index renvoyant à telle ou telle piste, afin d’en facilité la lisibilité : regardés, regardants, noms de personnes, noms de lieux, institutions. Le tout pour pour faciliter les recherches ou les intérêts spécifiques.

Le regard de l’autre : un jeu de construction sur sa propre identité

Les dimensions et l’organisation politique de cet espace historique ont varié dans le temps : les peuples se sont côtoyés, mêlée et observé de près. Ils se sont affirmés sans pouvoir ignorer le regard de l’autre sur le plan collectif comme sur le plan individuel.

L’ambiguïté du regard de l’autre, c’est qu’il combine ne "nous" et le "moi". Que d’un côté il renvoie à l’identique (le "nous") et de l’autre il introduit la différence en affirmant la spécificité d’une identité par rapport à toutes les autres (le "moi"). On ne peut pas se représenter sa propre image dans tenir compte du jugement implicite ou explicite de l’autre.

Jean KUDELA a enseigné durant 30 ans à l’Inalco comme chargé de cours de langue, histoire et littérature sorabes. Auteur de nombreux articles portant sur l’histoire et la littérature sorabes, et sur la lexicographie contrastive, il est directeur de la publication "Rencontres, organe de l’association des Échanges franco-allemands".

Bernard LORY a étudié les langues balkaniques à l’Inalco et l’histoire à Paris IV. Depuis 1989, il enseigne la civilisation balkanique à l’Inalco. Spécialiste des XIXe et XXe siècles, il a publié entre autres L’Europe balkanique de 1945 à nos jours (Ellipses, 1995), La ville balkanissime, Bitola 1800-1918 (Istanbul, Isis, 2011), et édité plusieurs récits de voyage dont "Voyages dans les Balkans (1857-1870)" sur les pas de Guillaume Lejean (1824-1871) chargé, entre 1856 et 1870, de plusieurs missions par le gouvernement français pour cartographier la région.

Le regard sur l’autre en Europe médiane.
Sous la direction de Jean Kudela et Bernard Lory
L’Harmattan, collection Inter-National
ISBN : 978-2-343-16251-5
28 euros