Istanbul (Turquie)

Exposition photographique : « La métamorphose d’Ayazma »

Du au


Ayazma….

Ce nom renvoie à une réalité à la fois physique et spirituelle. À Istanbul/Byzance, l’ayazma est une source aménagée, sanctuarisée, qui a fixé parfois depuis la nuit des temps des pratiques sociales spirituelles avant que d’être religieuses. Si on connaît les nombreuses ayazma de la péninsule historique d’Istanbul, celles des périphéries le sont moins. Il était donc une fois une périphérie européenne d’Istanbul avec une topographie caractérisée par une alternance de langues calcaire d’extension N/S et de vallées débouchant chacune sur la mer de Marmara. Le lieu-dit « Ayazma » est marqué par la rivière Hamamdere (on trouve aussi Haramdere sur certaines cartes anciennes !) qui s’écoule du nord au sud et longe le pied de la colline du stade olympique et ses affluents qui déboulent des hauteurs qui font face à l’est à celles du stade.

L’ayazma originelle est au pied de la colline du stade et borde le Hamamdere. L’ayazma éponyme était flanquée d’une fontaine ; il y avait une autre fontaine qui bordait un ru affluent. Mais compte tenu de l’environnement très industriel d’Ayazma, surplombé par la zone industrielle d’İkitelli, les abondantes eaux malodorantes et colorées ont été des vecteurs de maladies, voire de mort. L’aménagement du réseau d’eau potable fin 2003 – juste avant les élections locales de mars 2004 – a permis de mettre un terme à cette malédiction. Mais les décombres et les eaux usées des fabriques environnantes ont continué à être déversés. Et la destruction du quartier à partir de février 2007 n’a rien changé à cette fatalité.

Ayazma-Küçükçekme- Başakşehir, le quartier spontané qui tire son nom de l’ayazma byzantine a été, après 2007, le théâtre de profonds bouleversements liés au fait qu’il a été un lieu d’expérimentation des politiques de transformation urbaine à Istanbul. Ainsi l’hydrographie et la topographie ont été « transformées », comme l’histoire a été malmenée, reniée.

Jean-François Pérouse