Une bande dessinée de Nina Bunjevac

Fatherland

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Un roman graphique bouleversant sur le destin d’une famille ravagée par la politique et l’histoire. Fatherland est un livre exceptionnel, aux confluents de L’Art de voler pour la manière virtuose dont l’auteur fait se croiser et se répondre son histoire personnelle et la Grande Histoire et de Fun Home pour l’autobiographie féminine éblouissante et sombre.

  • Nina Bunjevac, Édition Ici même, 2014, 150 pages, 24 euros

1975. Peter Bunjevac, serbe nationaliste exilé au Canada, vit à Toronto avec sa femme et leurs trois enfants. Il appartient à une organisation anticommuniste qui milite pour l’indépendance de la Serbie. Sa femme, soupçonnant la nature de ses activités militantes et craignant pour la sécurité des enfants, décide de retourner en Yougoslavie. Elle persuade Peter de la laisser partir avec les enfants pour de prétendues vacances chez ses parents. Peter accepte mais, méfiant quant aux intentions réelles de sa compagne, exige que leur fils aîné, Petey, alors âgé de 7 ans, reste avec lui au Canada. Terrible « choix de Sophie » auquel se trouve alors confrontée la mère : abandonner l’un de ses enfants pour mettre les deux autres en sécurité, ou bien risquer la vie des trois. Elle décide de partir avec ses filles. Ce qui devait être un voyage de quinze jours deviendra un séjour de quinze ans, la famille demeurant séparée à jamais.

Fatherland est un livre exceptionnel, aux confluents de L’Art de voler pour la manière virtuose dont l’auteur fait se croiser et se répondre son histoire personnelle et la Grande Histoire et de Fun Home pour l’autobiographie féminine éblouissante et sombre.

« La dessinatrice impose, dès le premier regard, son incontestable virtuo­sité graphique. Dosage ­minutieux de hachures et de pointillés, le dessin en noir et blanc tend vers un hyper­réalisme quasi photographique. Encap­sulé dans ces images faussement léchées, comme ­figées dans le mouve­­ment, le récit autobiographique décolle, diffusant une troublante, et souvent poignante, impression de cauchemar feutré. Nina Bunjevac ranime des fantômes familiers avec une ferveur distanciée. L’effet est saisissant » ( Jean-Claude Loiseau, Télérama)