Blog • Lundi, je crois…

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Dernier jour à Sokpje.

Hier, sortie publique sur le carré de pelouse collé à l’université qui nous a servi de site de répétitions. Hors format, encore une fois. Au final, c’est le site de Novi-Sad, bien que trop petit, qui s’est approché le plus de notre format rêvé.

Sortie donc, à Skopje pour une cinquantaine de spectateurs. Jordan assure la traduction de notre speech d’accueil. Sont présents quelques-uns des élèves que nous avons vu en jeu, le directeur du conservatoire, Jordan évidemment, Branko de l’Institut Français.
Nous avons la surprise de voir débarquer en loges, le Monsieur de notre auberge, tiré à quatre épingles avec costume et nœud papillon. On ne peut pas s’empêcher de lui dire qu’il est très beau. Il sourit humblement sous sa barbe blanche, en acceptant le compliment comme on pardonne tendrement à un enfant.

La sortie. Elle a un parfum de déjà vu, de déjà vécu… l’arrivée du camion n’est possible que sur quelques malheureux mètres… la frontière se déplie, moins longue que la normale… les comédiens disparaissent derrière. Là ! Oui ! Là ! Ca va être très beau ! Le déballage des scénographies, la lumière des objets –jauges, les frontales, dont sont équipés les comédiens et techniciens, balaient l’espace et dessinent une vitalité … fourmilière. Certains publics s’approchent de la gaze de la frontière pour mieux voir à travers les trous. D’autres profitent de la magie à travers le prisme du voile.

La visite du pays avec chaque comédien vantant à sa jauge les paysages de l’Oxmée, fonctionne ; il manque pourtant encore un petit quelque chose… qu’on n’a pas encore trouvé.
Le premier plateau aura besoin d’un bon coup de fouet à la reprise. Retrouver de la fraîcheur. Sortir du piège de la présentation type « fiche d’identité » et redécouvrir le plaisir du partage. Ne pas appréhender la vidéo comme une contrainte mais comme un moteur au service de la narration ; un secours à la compréhension par le public. Les personnages ont plus que tout envie qu’on les comprenne, même s’ils parlent leur langue maternelle qui n’est pas celle des spectateurs.
A voir, là, à Skopje avec le recul d’un mois de répétitions, avec celui des deux présentations précédentes, avec la fatigue aussi. A voir là, il me semble évident que tout va trop vite. Qu’il faut prendre le temps de l’échange, des regards avec ses publics. Les scènes ne sont pas trop longues, elles sont trop fournies.

Le plateau 2. La jonction avec le plateau précédent doit se travailler encore. Pas sûre de ce déplacement public, on le trouvera vraisemblablement quand on aura une vue sur l’ensemble de l’ossature. Pour l’instant, c’est comme si on restait au stade de la théorie, manquant d’investissement énergique, manquant d’intention de déplacement.
Le premier bi-frontal aura lui aussi besoin d’un coup de vitalité, mais sa structure est là. Reste à creuser le chœur des militaires, la lecture est encore trop schématique. On avance mais on n’est pas encore arrivé tout à fait. Donner à lire « l’innocence de la jeunesse » malgré ou à cause de l’uniforme et des fausses libertés qu’il offre.

Sur cette très petite jauge, nous avons pour la première fois testé le deuxième bi-frontal. Les 7 groupes de publics se sont regroupés intuitivement au centre de notre espace, chacun portant son objet-jauge lumineux, pour la plupart, tout contre soi. Se sentant abandonnés sans comédien-guide, comprenant, musique aidant, qu’ils allaient, dans pas longtemps, vivre quelque chose. Quelque chose qui les toucherait.
L’idée est là, en substance. On tâtonne, mais c’est là tout près, suffira juste de le trouver. La rythmique nous aidera. Les balances entre le temps très investi, quasi en suspension et celui au contraire de l’action très rapide, furtive, urgente.
Ulysse continue à creuser. A s’éloigner à pas rapides de son « Jésus-crucifié-sanguinolent ». C’était un vrai moment de le voir se lancer en public, en prenant en compte au mieux possible les pistes et contraintes qu’on lui a donné en répétition. Un beau travail.
On interrompt la présentation. La suite, le dernier quart d’heure de notre dernier plateau reste à inventer.

Le public est content, touché, surpris. Les gens s’éternisent… c’est plutôt bon signe.

La fin de soirée d’après présentation se poursuit jusqu’à très tard. Très très tard pour les derniers. Bières. Rires. Danses et cris. Première fête tous ensemble. Ca décompresse.

Le lendemain est l’heure des au revoir, des à très bientôt pour Amel et Martz, du chargement, du bilan.

Pour bilanter efficacement on adopte les règles Sauvageot-Lieux-Publics. Chacun à tour de rôle a cinq minutes pour dire ses conclusions. Personne n’intervient, on écoute juste. C’est une grande première au Pudding et ça fonctionne à merveille… (merci Pierre !).
L’équipe est unanimement heureuse de cette aventure humaine. La plupart remercie les sangs neufs : nos deux jeunes comédiens, Ulysse et Charlotte, nos deux vidéastes Alice et Marie-Charlotte, Christophe S, Alix.
Artistiquement, du positif mais aussi de la frustration. De n’être pas allé jusqu’à notre plateau final, du manque de temps pour peaufiner les personnages, pour travailler plus finement le jeu. Bilan positif mais inquiet pour la suite.

Christof insiste sur le fonctionnement Pudding de création collective dirigée. Ce fonctionnement est notre force, même s’il faut parfois batailler avec les équipes pour la préserver.

On conclut, nous aussi. On a confiance. On voit Géopolis. En tout cas, je le vois. Christof lui « le sent »… Il faudrait pouvoir écrire sa gestuelle quand il dit ça, avec ses doigts qui se frottent sous son nez, son phrasé qui s’appuie. Un « je le sens », plus long, plus sensitif, plus vrai que la normale !

Isabelle fait un rapide bilan/perspectives financier, histoire que tout le monde connaisse la réalité.

On ne sait pas encore où, mais on trouvera l’argent pour finir ce spectacle !
On a rêvé une résidence de création d’un mois, à cheval sur 3 pays, avec une équipe de 17 personnes, nous revenons de Balkanie. 5000 kilomètres. 13 frontières traversées. On a rêvé Géopolis, Géopolis est en création.

Au printemps 2017, Géopolis sera. C’est dit.

S Faivre